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Dans les ateliers de Lahıc

Within the workshops of Lahıc 

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Chez Sulhiyya,
la tisserande de tapis

At Sulhiyya's,
carpet weaver

C’est dès l’âge de cinq ans que Sulhiyya a fait ses premiers pas dans le monde du tissage, une époque où sa mère lui avait acheté des ciseaux spéciaux, façonnés par les artisans de Lahıc, pour qu’elle puisse se former auprès d’un maître du village. Depuis cette enfance passée au milieu des laines et des brocards, elle n’a plus jamais quitté son métier à tisser, perpétuant des gestes dont elle maîtrise aujourd’hui la moindre subtilité.

Pour donner vie à ses œuvres, Sulhiyya s’appuie sur une « carte », ce précieux diagramme dessiné sur papier millimétré qui guide ses yeux et lui indique l’emplacement exact de chaque nœud et de chaque nuance. Ce travail d’une précision millimétrique, qui exige une patience infinie, se heurte pourtant au désintérêt des jeunes générations, y compris de sa propre fille, qui refusent désormais de s’imposer un apprentissage si difficile, où la répétition des nœuds blesse les doigts et épuise cruellement la vue.

Malgré la solitude de ce constat, Sulhiyya continue de créer avec une ferveur que le temps n’a pas altérée. Pour elle, le moment où le tapis est enfin achevé et détaché du métier revêt une dimension presque sacrée : « Quand on le pose par terre, on a l’impression de créer un monde entier. Pour moi, c’est tout un monde. » Un art d’une beauté absolue qui, selon ses propres mots, exige un sacrifice invisible en prenant toute la lumière de vos yeux.

It was at the tender age of five that Sulhiyya took her first steps into the world of weaving, a time when her mother bought her a pair of special scissors, crafted by the artisans of Lahıc, so that she could train under a village master. Since that childhood spent among wools and brocades, she has never once left her loom, perpetuating gestures of which she now commands the slightest subtlety.

To bring her creations to life, Sulhiyya relies on a “map” a precious diagram drawn on grid paper that guides her eyes and indicates the exact placement of every single knot and color shade. This work of millimetric precision, which demands infinite patience, now clashes with the disinterest of the younger generations, including her own daughter, who refuse to endure such a grueling apprenticeship where the constant tying of knots wounds the fingers and severely strains the eyesight.

Despite the loneliness of this reality, Sulhiyya continues to create with a fervor that time has left untouched. For her, the moment a carpet is finally completed and cut from the loom holds an almost sacred dimension: “When you place it on the ground, it feels like you are creating an entire world. To me, it is a whole world.” An art of absolute beauty which, in her own words, requires an invisible sacrifice by taking all the light from your eyes.

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